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Tony Gatlif voue, à travers le monde tsigane, thème récurrent de sa filmographie, une passion certaine qu'il a su retranscrire avec admiration et sincérité. Après Gadjo Dilo et Exils, voyage d'un exilé en quête de ses origines, le cinéaste nous revient avec Transylvania, oeuvre qui s'immisce cette fois-ci au plus profond des terres d'Europe orientale, région résolument multiculturelle.
Un petit rappel géographique s'impose. La Transylvanie est une région de la Roumanie regroupant à l'Ouest une large partie du territoire roumain. Ses frontières sont en contact direct avec l'Ukraine, la Hongrie et la Serbie. Il est clair que pour nous, occidentaux, cette région nous évoque à première vue le comte Dracula, personnage fictif de l'écrivain Bram Stocker. Mais ici, pas de connotations fantastiques avec ce nouveau film de Tony Gatlif, road movie enchanteur au coeur d'une culture tsigane à part entière.
Transylvania, c'est avant tout l'histoire d'une femme, digne et fragile, en quête d'un amour qui lui est pourtant refusé. Transylvania, c'est aussi la vision de cette même femme en contact avec une culture étrangère aux valeurs communautaires prononcées. C'est d'ailleurs ce qu'a voulu retranscrire Tony Gatlif à travers son film, une région au sens de la communauté et du métissage certain: «On y croise aussi des Roms, des Roumains, des Hongrois et des Allemands qui parlent plusieurs langues: j'étais très attaché à l'idée que le film se déroule dans une atmosphère métissée où les communautés se partagent le territoire pacifiquement et parlent une langue qui leur est propre» (source Allocine).
Immersion moraliste et trépidante, Transylvania enchante par sa profusion de situations portées très nettement sur le traditionnalisme folklorique et religieux, un traditionnalisme revendiqué par des musiques régionales tant entraînantes qu'envoutantes composées par Tony Gatlif et Delphine Mantoulet. Le cinéaste crée donc par la même une dimension rythmique et d'interactions entre une musique en adéquation avec la profondeur des situations: la musique est tantôt rythmée lorsque la situation souligne l'alégresse ou l'ivresse, tantôt mélancolique pour souligner des passages empreints de tristesse ou de contemplation.
Outre l'aspect prépondérant des morceaux musicaux rendant ce road movie génialement saccadé et envoutant, le jeu des interprètes convaint partiellement. Amira Casar semble hésitante bien que fraîche et attendrissante. Une erreur subtile d'interprétation vite effacée par le jeu de sa partenaire, Asia Argento, qui se met à nue dans un rôle à la hauteur de son talent et de sa personnalité. Entre fragilité et force de caractère, lassitude et énergie démesurée, l'actrice, épatante, crève littéralement l'écran.
Elle forme avec Birol Ünel, son partenaire masculin à l'écran, un duo atypique plein d'entrain autour duquel se concentre la substantifique moelle du propos. L'influence, ou du moins la parenté à l'oeuvre kusturicienne est palpable, tant sur l'aspect spatial que sur l'ambiance, vivante et humaniste, des films du génie serbe.
Transylvania s'inscrit donc dans cette perspective d'oeuvres «gitanesques», au caractère plaisamment philanthrope, orchestrée par une musique traditionnelle suggérant l'évasion. Laissez vous emporter au gré de la musicalité de ce film à la densité émotionnelle et pittoresque qui ravira plus d'un.
Adrien le 27 mai 2007.
L'ARTICLE A ETE SUPPRIME SANS AUCUNE RAISON! RRAAA
